{"id":282,"date":"2014-03-20T20:16:45","date_gmt":"2014-03-20T19:16:45","guid":{"rendered":"http:\/\/charles.dehays.free.fr\/wordpress\/?p=282"},"modified":"2014-03-20T20:16:45","modified_gmt":"2014-03-20T19:16:45","slug":"la-fugue","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/2014\/03\/20\/la-fugue\/","title":{"rendered":"LA FUGUE"},"content":{"rendered":"<p>Je vais cette fois parler de mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9&#8230; d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 90 \u00e0 l&#8217;age de 67 ans. Nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s li\u00e9s et il a toujours toujours \u00e9t\u00e9 effectivement le grand fr\u00e8re, celui sur lequel on peut compter, \u00e0 qui je pouvais faire des confidences et poser des questions. Souvent exemplaire au cours de sa vie, d\u00e9vou\u00e9 \u00e0 sa famille durant l&#8217;occupation, nous incitant dans notre enfance \u00e0 la pratique du sport, sans forc\u00e9ment faire partie d&#8217;un quelconque club, dans le seul but d&#8217;avoir une bonne forme physique. Ajout\u00e9 \u00e0 cela, un go\u00fbt prononc\u00e9 pour la lecture (je ne dis pas litt\u00e9rature&#8230; il n&#8217;y avait pas de directives dans le choix de ses lectures). N&#8217;emp\u00eache que chez nous, il y avait des bouquins&#8230; et un vieux dictionnaire sans couverture. Un peu gr\u00e2ce \u00e0 lui. C&#8217;est peut-\u00eatre \u00e0 cause de cela que j&#8217;ai lu tout ce qui se trouvait \u00e0 hauteur de mes yeux d\u00e8s que j&#8217;ai \u00e9t\u00e9 en mesure de le faire&#8230; c&#8217;est-\u00e0-dire d\u00e8s que j&#8217;ai su lire. Et je lui dois sans doute le bonheur que j&#8217;avais, \u00e0 mon retour de l&#8217;\u00e9cole, mes devoirs termin\u00e9s, de retrouver les h\u00e9ros de mes bouquins et de me replonger dans leurs aventures&#8230;<img decoding=\"async\" src=\"http:\/\/yaka.hd.free.fr\/wordpress\/wp-includes\/js\/tinymce\/plugins\/wordpress\/img\/trans.gif\" title=\"Lire la suite\u2026\" alt=\"\" \/><!--more-->J&#8217;avais entre cinq et six ans au moment de ce qui va suivre. Mon fr\u00e8re, une quinzaine d&#8217;ann\u00e9es. Il \u00e9tait costaud, agile comme un singe et, par go\u00fbt et pour s&#8217;isoler un peu, il s&#8217;\u00e9tait construit une cabane dans un arbre, au centre d&#8217;un petit bois proche de chez nous. C&#8217;\u00e9tait d&#8217;ailleurs l&#8217;arbre \u00e0 Charles (son pr\u00e9nom)&#8230; et personne ne le contestait. C&#8217;\u00e9tait un h\u00eatre magnifique, inaccessible par la hauteur de ses premi\u00e8res branches, pour la plupart Pas pour mon fr\u00e8re qui avait la mani\u00e8re pour en attraper une et se hisser ensuite \u00e0 la force des bras, soit jusqu&#8217;\u00e0 sa cabane, soit jusqu&#8217;au sommet. Tarzan \u00e9tait \u00e0 la mode \u00e0 la fin des ann\u00e9es trente. Aussi bien au cin\u00e9ma que dans les bandes dessin\u00e9es&#8230; et je crois qu&#8217;il y avait une influence sur les comportements de mon fr\u00e8re.<\/p>\n<p>Le r\u00eave d&#8217;une vie meilleure, pr\u00e8s de la nature, dans la nature, sans les obligations d&#8217;une existence d\u00e9j\u00e0 laborieuse et forc\u00e9ment chiante, avec tout ce que \u00e7a comporte de contraintes et, en plus, les illusions de la jeunesse firent que l&#8217;id\u00e9e germa en lui de partir&#8230; Et, partir pour partir, autant que ce soit vers un endroit que les livres, les illustr\u00e9s et le cin\u00e9ma vous ont d\u00e9j\u00e0 donn\u00e9 une id\u00e9e&#8230; et o\u00f9, cela sautait aux yeux, la vie y \u00e9tait plus facile. En Afrique, et plus particuli\u00e8rement dans la jungle, chacun sait qu&#8217;il suffit de lever le bras, de tendre la main pour cueillir des bananes et autres fruits exotiques&#8230; comme les noix de coco !!<\/p>\n<p>Donc, un jour, la d\u00e9cision fut prise de partir. Les quelques sous de la derni\u00e8re paie en poche, direction la gare S.N.C.F. La plus proche&#8230; et un billet pour Marseille. Arriv\u00e9 \u00e0 Marseille, s\u00fbrement aucun probl\u00e8me pour trouver un embarquement et voguer vers l&#8217;Afrique&#8230; Premier probl\u00e8me, pas assez d&#8217;argent pour aller \u00e0 la destination pr\u00e9vue ! Bon, tant pis&#8230; Assez pour aller jusqu&#8217;\u00e0 Angoul\u00eame. Va pour Angoul\u00eame, bien que \u00e7a ne facilitait pas un \u00e9ventuel et futur embarquement. Mais, plus question de reculer. Et,quand il me raconta cette histoire, il ajouta : un jour de peine. Ce qui sous-entendait qu&#8217;il n&#8217;\u00e9tait pas heureux&#8230; mais \u00e0 cette \u00e9poque, les probl\u00e8mes psychologiques et les souffrances personnelles, surtout celles des enfants, n&#8217;\u00e9taient peut-\u00eatre pas \u00e9cout\u00e9es avec suffisamment d&#8217;attention&#8230; Bien que je ne porte pas de jugement sur la fa\u00e7on dont nos parents nous ont \u00e9lev\u00e9, surtout moi qui ne se souvient pas du moindre traumatisme durant mon enfance, si ce n&#8217;est la crainte un peu trop forte de mon p\u00e8re. Quand \u00e0 ma m\u00e8re , c&#8217;\u00e9tait la bont\u00e9, la g\u00e9n\u00e9rosit\u00e9 et le bouclier face aux col\u00e8res de mon p\u00e8re qu&#8217;il avait quelques difficult\u00e9s \u00e0 ma\u00eetriser. Je sais que mon fr\u00e8re en a souffert et que souvent, il re\u00e7ut des trempes injustifi\u00e9es et disproportionn\u00e9es avec les fautes commises. J&#8217;en conclus que pour des raisons de souffrance morale qu&#8217;il ne pouvait pas exprimer, il d\u00e9cida de fuguer&#8230; mais Tarzan et l&#8217;exemple sur\u00e9valu\u00e9 de sa vie d&#8217;homme libre y fut s\u00fbrement pour beaucoup, m\u00eame si \u00e7a semble pu\u00e9ril de nos jours.<\/p>\n<p>Je me remets, ainsi que mon autre fr\u00e8re, mes s\u0153urs et mes parents \u00e0 notre place quand ces \u00e9v\u00e9nements se produisirent. En d\u00e9finitive, quand il fallut se rendre \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence, Charles ne rentrerait pas. Qu&#8217;il s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 quelque chose d&#8217;inhabituel et d&#8217;incompr\u00e9hensible. Mon p\u00e8re, d\u00e9pass\u00e9 par la situation, ne d\u00e9col\u00e9rait plus. Ma m\u00e8re pleurait. Nous, les enfants, sans bien comprendre se doutaient bien qu&#8217;il se passait quelque chose de grave et \u00e9tions bien conscients de l&#8217;absence de notre a\u00een\u00e9&#8230; il prenait une place importante dans nos vies respectives et sa chaise vide \u00e0 l&#8217;heure du repas troublait l&#8217;ambiance habituelle. L&#8217;atmosph\u00e8re en \u00e9tait un peu plus tendue&#8230; et, malgr\u00e9 notre jeune \u00e2ge, on le ressentait. Il avait fallu pr\u00e9venir les autorit\u00e9s, gendarmerie comprise. Il ne restait plus qu&#8217;\u00e0 attendre la suite des \u00e9v\u00e9nements. Dans le village de Petit-Couronne, tout le monde \u00e9tait au courant&#8230; dans la cit\u00e9, il n&#8217;\u00e9tait plus question que de cela !!<\/p>\n<p>Cette fugue dura une quinzaine de jours. Mon fr\u00e8re erra pendant des jours (il me le raconta tr\u00e8s longtemps apr\u00e8s), crevant de faim la plupart du temps,volant sa nourriture dormant dans des b\u00e2timents isol\u00e9s, dans la for\u00eat ou les meules de foin. L&#8217;aventure ne fut pas r\u00e9jouissante, c&#8217;est le moins qu&#8217;on puisse dire. Un jour, la gendarmerie pr\u00e9vint mes parents qu&#8217;un jeune vagabond avait \u00e9t\u00e9 trouv\u00e9 sur une route du sud-ouest, errant sans but mais apparemment en bonne sant\u00e9 morale et physique. Et qu&#8217;il ne tarderait pas \u00e0 \u00eatre de retour.<\/p>\n<p>Ma m\u00e8re pleurait de joie et nous, on \u00e9tait bien contents, on sentait bien que tout allait s&#8217;arranger. Effectivement, deux jours apr\u00e8s, escort\u00e9 par un gendarme, notre fr\u00e8re fit sa r\u00e9apparition dans la matin\u00e9e. Ce fut la joie pour nous tous et un peu plus pour ma m\u00e8re qui n&#8217;avait pas bien dormi depuis le d\u00e9but de cette m\u00e9saventure. Tous dans la joie et l&#8217;\u00e9motion des retrouvailles&#8230;On en avait presque oubli\u00e9 le retour du p\u00e8re&#8230; \u00e7a risquait fort de ne pas se passer aussi bien et, \u00e0 mesure que l&#8217;heure de son retour approchait, le malaise s&#8217;installait. Les effusions, c&#8217;\u00e9tait pas son genre, et l&#8217;angoisse de ces derniers jours avait aggrav\u00e9 sa mauvaise humeur habituelle qui n&#8217;en avait pourtant pas besoin !<\/p>\n<p>D\u00e8s son arriv\u00e9e, en apercevant Charles qui se faisait pourtant tout petit, il se mit \u00e0 l&#8217;injurier violemment et \u00e0 lui courir apr\u00e8s, sans l\u00e2cher sa bicyclette. Charles avait couru au fond de notre petite cour et s&#8217;\u00e9tait blotti derri\u00e8re les clapiers, juste contre la cl\u00f4ture des voisins. Tout en continuant \u00e0 crier sur lui, mon p\u00e8re avait brandi son v\u00e9lo qu&#8217;il tenait par le guidon et le frappait de toutes ses forces avec la roue avant&#8230; Nous \u00e9tions tous p\u00e9trifi\u00e9s de trouille et n&#8217;osions rien dire\u2026 Ce fut ma s\u0153ur Ginette qui poussa un cri et fit cesser les coups. Ce qu&#8217;il fit, mais comme \u00e0 regret&#8230; et ses seules paroles furent : \u00ab demain, tu vas chercher du boulot \u00bb.<\/p>\n<p>Voil\u00e0 comment se termina l&#8217;escapade&#8230; c&#8217;\u00e9tait en 38-39&#8230; La vie reprit son cours&#8230;et, peu \u00e0 peu, l&#8217;\u00e9v\u00e9nement fut oubli\u00e9. Faut dire qu&#8217;avec l&#8217;arriv\u00e9e de la guerre, les privations qui en d\u00e9coul\u00e8rent, la recherche du ravitaillement pour survivre, les jardins \u00e0 cultiver pour ne pas crever de faim firent passer au second plan les \u00e9tats d&#8217;\u00e2me.<\/p>\n<p>Longtemps apr\u00e8s, on en reparla. Au moment particulier o\u00f9 parut en librairie le livre de Fran\u00e7ois Cavanna, dont le titre \u00e9tait : \u00ab Les Ritals \u00bb. Un livre qui nous avait beaucoup plu&#8230; peut-\u00eatre parce qu&#8217;il \u00e9voquait avec humour une enfance et une jeunesse qui ressemblait beaucoup \u00e0 la n\u00f4tre&#8230; Dans ce livre, Cavanna parlait aussi d&#8217;une fugue, sensiblement \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque que celle de mon fr\u00e8re, qu&#8217;il raconte avec talent et qui le concernait, lui et un de ses copains. Avec une grosse grosse diff\u00e9rence, quand m\u00eame, et qu&#8217;il \u00e9voquait douloureusement, malgr\u00e9 les nombreuses ann\u00e9es qui s&#8217;\u00e9taient \u00e9coul\u00e9es. Dans \u00ab les Ritals \u00bb, le p\u00e8re de Cavanna erre dans Nogent en pleurant, malheureux et d\u00e9sempar\u00e9 par le d\u00e9part impr\u00e9vu de son fiston&#8230; et se gardant bien \u00e0 son retour de lui faire des reproches&#8230; alors que lui, \u00e0 la place d&#8217;un accueil qui aurait pu \u00eatre chaleureux, re\u00e7ut une trempe m\u00e9morable et brutale. Humiliante aussi puisque nous \u00e9tions tous pr\u00e9sents&#8230; sans compter les voisins.<\/p>\n<p>Toute cette histoire est vieille de 74\u201475 ans. Il y aurait \u00e0 dire sur les raisons de cette fugue, les relations p\u00e8re-fils, le manque de psychologie de l&#8217;un (tout \u00e0 fait excusable), mon p\u00e8re avait appris \u00e0 lire et \u00e0 \u00e9crire \u00e0 l&#8217;arm\u00e9e&#8230; la souffrance incomprise de l&#8217;autre. Ce qui en d\u00e9coule&#8230; mais \u00e0 quoi bon. Les protagonistes sont disparus. M\u00eame Fran\u00e7ois Cavanna nous a quitt\u00e9 il y une bonne quinzaine de jours. Ainsi va la vie et nos petits drames qui nous semblaient avoir tant d&#8217;importance \u00e0 une \u00e9poque deviennent avec le temps d&#8217;une totale banalit\u00e9.<\/p>\n<p>Avec le temps, va, tout s&#8217;en va&#8230;<\/p>\n<p>Salut. Maurice.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Je vais cette fois parler de mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9&#8230; d\u00e9c\u00e9d\u00e9 en 90 \u00e0 l&#8217;age de 67 ans. Nous avons \u00e9t\u00e9 tr\u00e8s li\u00e9s et il a toujours toujours \u00e9t\u00e9 effectivement le grand fr\u00e8re, celui sur lequel on peut compter, \u00e0 qui je pouvais faire des confidences et poser des questions. 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