{"id":299,"date":"2016-02-19T08:36:59","date_gmt":"2016-02-19T07:36:59","guid":{"rendered":"http:\/\/charles.dehays.free.fr\/wordpress\/?p=299"},"modified":"2016-02-19T08:36:59","modified_gmt":"2016-02-19T07:36:59","slug":"pierrot","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/2016\/02\/19\/pierrot\/","title":{"rendered":"Pierrot"},"content":{"rendered":"<p>Quelques ann\u00e9es avant mon voyage vers Terre-Neuve\u2026 qui s&#8217;\u00e9tait achev\u00e9 \u00e0 F\u00e9camp\u2026 !<br \/>\nLes parents de mon copain Andr\u00e9, quand je fis sa connaissance, \u00e9taient propri\u00e9taires d&#8217;un bar-restaurant entre Petit et Grand-Couronne. Ils vinrent par la suite s&#8217;installer dans le centre de Petit-Couronne, ayant fait l&#8217;acquisition du \u00ab Bar Normand \u00bb, celui dont je parle dans \u00ab terre neuve \u00bb. Puis, peut-\u00eatre parce qu&#8217;il prenait de l&#8217;\u00e2ge, son p\u00e8re le vendit et monta un magasin de v\u00eatements, de tissus, de chaussures\u2026 les grandes surfaces n&#8217;avaient pas encore fait leur apparition\u2026<!--more-->J&#8217;avais particip\u00e9, tr\u00e8s modestement, \u00e0 la mise en \u0153uvre et \u00e0 l&#8217;agencement du magasin, ce qui m&#8217;avait permis de c\u00f4toyer diff\u00e9rents corps de m\u00e9tier du b\u00e2timent\u2026 et de m&#8217;y d\u00e9grossir manuellement.<br \/>\nEn face de ce magasin, il y avait le bar-tabac o\u00f9 \u00e0 l&#8217;heure de l&#8217;ap\u00e9ro, les gens du lieu se retrouvaient devant le zinc. Rien qu&#8217;\u00e0 leurs v\u00eatements, \u00e0 cette \u00e9poque, on pouvait se faire une id\u00e9e de leur profession. Ce qui serait moins \u00e9vident aujourd&#8217;hui ; l&#8217;uniformisation \u00e9tant devenue la r\u00e8gle. Le droguiste en blouse grise, le coiffeur en blouse blanche, un ou deux peignes dans la poche sup\u00e9rieure, le facteur coiff\u00e9 d&#8217;une casquette PTT, la grosse sacoche en cuir en bandouli\u00e8re, avec encore au fond un restant de lettres \u00e0 distribuer\u2026 on finira la tourn\u00e9e cet apr\u00e8s-midi\u2026 le cordonnier qui, en clopinant (il \u00e9tait infirme) et sans m\u00eame \u00f4ter son tablier, \u00e0 midi tapant ne manquait pas d&#8217;aller prendre sa suze-cassis avec ses copains. Le ou les menuisiers, reconnaissables \u00e0 leur m\u00e8tre en bois dans une poche sp\u00e9ciale de leur futal, le crayon rouge et carr\u00e9 coinc\u00e9 sur l&#8217;oreille, le plombier-zingueur m\u00eame pas habill\u00e9 en dimanche mais guid\u00e9 par son fil \u00e0 plomb\u2026 (comme dans la chanson de Pr\u00e9vert\u2026)<br \/>\nLe plus remarqu\u00e9 et le plus remarquable dans mes souvenirs, c&#8217;\u00e9tait le p\u00e8re de mon copain Pierrot\u2026 Il \u00e9tait boulanger. Il sortait discr\u00e8tement de son fournil, par la porte donnant sur la cour, \u00e9vitant ainsi d&#8217;\u00eatre vu par sa femme qui vendait pains et brioches dans son magasin,et rejoignait ses potes. Pas de frais de toilettes\u2026 je l&#8217;ai toujours vu v\u00eatu de cette fa\u00e7on : savates us\u00e9es aux pieds, tricot de peau bleu-marine, pantalon flottant de la m\u00eame couleur et maintenu par des bretelles, un b\u00e9ret sur la t\u00eate, le m\u00e9got aux l\u00e8vres\u2026 l&#8217;ensemble copieusement saupoudr\u00e9 de farine\u2026 il ne risquait pas de donner le change\u2026 les autres non plus, d&#8217;ailleurs. Ce qui, \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence, n&#8217;est plus le cas aujourd&#8217;hui. M\u00eame le cur\u00e9 du coin se confond maintenant avec le reste de la population\u2026<br \/>\nTous ces braves gens passaient un moment de d\u00e9tente avant de reprendre leurs activit\u00e9s\u2026 j&#8217;ai pas le sentiment qu&#8217;ils se souciaient d&#8217;un \u00e9ventuel cancer ou d&#8217;un quelconque infarctus dus, soit \u00e0 l&#8217;usage du tabac, soit \u00e0 la consommation de quelques ap\u00e9ros\u2026 Ce n&#8217;est que quelques ann\u00e9es plus tard que les m\u00e9decins ont invent\u00e9 ces maladies-l\u00e0\u2026<br \/>\nMais je me suis \u00e9gar\u00e9\u2026 je voulais parler de mon copain Pierrot, dit Choucroute, peut-\u00eatre parce qu&#8217;il s&#8217;appelait Panchout. Un brave mec un peu \u00e9trange, intelligent, d\u00e9conneur, dans les nuages, d\u00e9jant\u00e9, farfelu, accumulant des connaissances le plus souvent inutiles, marrant\u2026 r\u00eavant de devenir pilote d&#8217;avion\u2026 espoir sans lendemain. Rien que pour un l\u00e9ger strabisme, cet espoir lui f\u00fbt refus\u00e9. Mais on n&#8217;en est pas encore l\u00e0. Ce dont je parle fait encore partie de l&#8217;enfance. L&#8217;\u00e9cole, les jeux, le bord de la Seine\u2026 la Seine o\u00f9 nous apprenions \u00e0 nager\u2026 Forc\u00e9ment sans professeur\u2026 En observant nos a\u00een\u00e9s. A force de patience, de r\u00e9p\u00e9titions des m\u00eames gestes et mouvements, on parvenait \u00e0 faire quelques brasses, \u00e0 flotter et enfin faire quelques m\u00e8tres. Ensuite, anim\u00e9s par le d\u00e9sir d&#8217;\u00eatre pris au s\u00e9rieux par les plus grands, par la pers\u00e9v\u00e9rance, on parvenait \u00e0 faire, sans poser une seule fois le pied au fond, la distance, (environ 300 m\u00e8tres) et sans s&#8217;interrompre du passage d&#8217;eau \u00e0 ce que nous appelions la cale \u00e0 Hannier. C&#8217;\u00e9tait la premi\u00e8re \u00e9tape pour \u00eatre consid\u00e9r\u00e9 comme nageur\u2026 disons \u00ab petit nageur \u00bb. J&#8217;y parvins assez rapidement et mon copain Andr\u00e9 \u00e9galement. Pierrot \u00e9tait un peu \u00e0 la tra\u00eene.<br \/>\nJ&#8217;avais douze ans. Parmi les jeunes qui fr\u00e9quentaient ces lieux de baignade et de jeux (\u00e7a allait en gros de dix \u00e0 vingt ans), nous \u00e9tions vraiment reconnus que lorsque nous avions travers\u00e9 la Seine \u00e0 la nage \u2026 en quelque sorte la seconde \u00e9tape \u00e0 franchir. Il n&#8217;y avait d&#8217;ailleurs pas beaucoup d&#8217;amateurs. L&#8217;ann\u00e9e suivante, avant les grandes vacances, \u00e0 peine 13 ans, ma r\u00e9solution fut prise. A la sortie de l&#8217;\u00e9cole, avant de remonter chez moi et faire mes devoirs comme \u00e0 l&#8217;accoutum\u00e9e, je descendis au bord de la Seine, j&#8217;enfilais mon maillot de bain, planquais mes v\u00eatements et mon cartable dans un buisson et plouf\u2026 ! \u00c0 la flotte, cap sur le Val-de-la-Haye\u2026<br \/>\nLe seul probl\u00e8me dans mon souvenir \u00e9tait la fr\u00e9quence des rafiots, des p\u00e9niches, des vedettes et des remorqueurs. Il fallait \u00e9valuer les distances et le temps n\u00e9cessaire \u00e0 l&#8217;avance pour ne pas se retrouver dans l&#8217;axe du passage de l&#8217;un d&#8217;entre eux. Il y avait un copain de mon \u00e2ge sur la berge et je lui proposais de faire la travers\u00e9e avec moi. Ce qu&#8217;il fit\u2026 mais arriv\u00e9 presque \u00e0 la moiti\u00e9 du parcours, pris de panique, il fit demi-tour. Je ne comprenais pas. Pour rien au monde, \u00e0 cet instant, j&#8217;aurai renonc\u00e9. Je persistais donc et me retrouvais bient\u00f4t le long du quai\u2026 mais cette fois, sur l&#8217;autre rive. Encore quelques brasses pour atteindre un escalier et me voil\u00e0 \u00e0 nouveau sur la terre ferme\u2026 heureux\u2026 ! Le courant m&#8217;avait entra\u00een\u00e9 3 ou 400 m\u00e8tres en aval de mon point de d\u00e9part\u2026 mais j&#8217;\u00e9tais l\u00e0, pas peu fier d&#8217;avoir r\u00e9alis\u00e9 ce qui, pour moi, \u00e0 cet instant, \u00e9tait un exploit\u2026<br \/>\nPour cette premi\u00e8re fois, je remontais \u00e0 pied jusqu&#8217;au passage d&#8217;eau et refit la travers\u00e9e dans la barque du passeur\u2026 qui s&#8217;effectuait encore \u00e0 la rame. Par la suite, avec mon copain Andr\u00e9, on renouvela cette travers\u00e9e \u00e0 la nage, cette fois, aller et retour\u2026 ce qui \u00e9tait, dans notre milieu et vis \u00e0 vis de ce que nous consid\u00e9rions comme nos anciens, la cons\u00e9cration\u2026 !<br \/>\nMalheureusement, il y a toujours dans la vie quelque chose qui g\u00e2che notre plaisir. Sensiblement, \u00e0 la m\u00eame \u00e9poque, dans le journal, il \u00e9tait question d&#8217;un mec qui avait am\u00e9lior\u00e9 le temps de travers\u00e9e de la Manche entre Calais et Douvres. Du coup, \u00e7a faisait un peu d&#8217;ombre \u00e0 ma performance.. ! Mais faut dire que c&#8217;\u00e9tait un adulte, grand, gros et fort\u2026 et c&#8217;\u00e9tait \u00e9crit dans le journal, il s&#8217;\u00e9tait enduit le corps de graisse\u2026 forc\u00e9ment, il glissait mieux dans l&#8217;eau\u2026 comme les phoques et puis, il y avait des embarcations qui le suivaient\u2026 De toutes fa\u00e7ons, nous, \u00e0 Couronne, on n&#8217;avait que la Seine\u2026 et puis, apr\u00e8s tout, c&#8217;\u00e9tait pas mal non plus.<br \/>\nJe dois ajouter une chose sur nos jeux aquatiques, c&#8217;est que nous pratiquions le plus souvent comme nage, la brasse. Simple ou brasse coul\u00e9e\u2026 il fallait adapter sa respiration\u2026 disons que la brasse coul\u00e9e \u00e9tait un peu plus difficile \u00e0 effectuer\u2026 mais plus rapide. Quand au crawl, quand il \u00e9tait bien ma\u00eetris\u00e9, c&#8217;\u00e9tait comme un aboutissement pour celui qui le pratiquait. En ce qui me concerne et malgr\u00e9 ma bonne volont\u00e9, je ne suis jamais vraiment parvenu \u00e0 synchroniser les gestes et la respiration\u2026 du coup, je m&#8217;essoufflais vite et revenais par obligation \u00e0 nager la brasse\u2026 Et j&#8217;en \u00e9tais un peu contrari\u00e9\u2026 et bien oblig\u00e9 de faire avec.<br \/>\nPour varier les plaisirs, on s&#8217;entra\u00eenait \u00e0 plonger\u2026 Pour cela, il fallait attendre la mar\u00e9e haute, apr\u00e8s le passage du flot, cette vague qui remontait de l&#8217;embouchure de la Seine vers sa source et qui avait encore beaucoup de force au niveau de notre village, Petit-Couronne. Quand nous avions la quasi certitude de l&#8217;heure o\u00f9 il arriverait \u00e0 la hauteur du lieu o\u00f9 nous nous trouvions, et cela par le passeur d&#8217;eau, qui lui \u00e9tait inform\u00e9 de l&#8217;heure exacte des mar\u00e9es, le jeu le plus amusant \u00e9tait de nager au large et d&#8217;attendre cette fameuse vague. Au loin, nous apercevions, le long du quai, une l\u00e9g\u00e8re diff\u00e9rence du niveau de l&#8217;eau\u2026 et qui avan\u00e7ait rapidement. Moment d&#8217;excitation car quelques instants apr\u00e8s, nous \u00e9tions pouss\u00e9s par cette vague et sans effort nous nagions rapidement \u00e0 contre-courant\u2026 Il n&#8217;y avait qu&#8217;\u00e0 se laisser emporter\u2026 C&#8217;\u00e9tait assez grisant de voir d\u00e9filer les quais, les buissons, les arbres..et tout cela sans effort. Pour terminer cette course sans dommage, il suffisait de ne pas trop s&#8217;\u00e9loigner du bord et, de ce fait, de p\u00e9n\u00e9trer dans le bassin des docks o\u00f9 la force du courant s&#8217;att\u00e9nuait d&#8217;elle-m\u00eame. Rejoindre un escalier\u2026 remonter et prendre le chemin de halage et revenir \u00e0 notre point de d\u00e9part. Pieds nus, cela va de soi, mais le jeu en valait la chandelle.<br \/>\nDe retour sur les lieux, la mar\u00e9e \u00e9tant haute, nous passions \u00e0 de nouveaux jeux. Avec mon copain Andr\u00e9, et parfois Pierrot, on s&#8217;entra\u00eenait \u00e0 plonger. Nous avions vus aux actualit\u00e9s cin\u00e9matographiques les champions en la mati\u00e8re effectuer des plongeons impeccables. Pourquoi ne pas les imiter\u2026 avec de l&#8217;entra\u00eenement, \u00e7a devait \u00eatre possible. Nous nous observions mutuellement, \u00e0 tour de r\u00f4le, pour nous corriger. Inlassablement, on se jetait \u00e0 l&#8217;eau, dans une meilleure position possible, jambes bien serr\u00e9es, pieds joints, t\u00eate en avant, bras bien tendus\u2026 de mani\u00e8re \u00e0 faire le moins d&#8217;\u00e9claboussure possible\u2026 (C&#8217;est \u00e0 cette condition qu&#8217;on reconna\u00eet un vrai bon plongeur), et c&#8217;est ce que nous avions d\u00e9cid\u00e9 de devenir\u2026. On se d\u00e9brouillait pas trop mal. Je m&#8217;\u00e9tais procur\u00e9 un bouquin qui expliquait toutes sortes de fa\u00e7on de plonger\u2026 pas des plus faciles. Nous, le saut de l&#8217;ange, nous l&#8217;avons assez bien pratiqu\u00e9\u2026 le saut carp\u00e9 nous f\u00fbt\u2026 disons accessible\u2026 apr\u00e8s bien des heures d&#8217;entra\u00eenement. Le coup de pied \u00e0 la lune, malgr\u00e9 le dessin explicatif, on savait pas \u2026 Le saut p\u00e9rilleux, surtout \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re, c&#8217;\u00e9tait pas au point\u2026 Ce ne le f\u00fbt d&#8217;ailleurs jamais\u2026 !<br \/>\nNous tenions \u00e0 faire profiter de nos connaissances notre ami Pierrot. La saison s&#8217;\u00e9tant avanc\u00e9e, c&#8217;est \u00e0 la piscine de Rouen que \u00e7a se passait. Une toute autre ambiance qui ne valait pas le c\u00f4t\u00e9 nature et libre du bord de Seine.. mais notre passion pour la flotte \u00e9tait telle \u00e0 cette \u00e9poque que rien ne nous aurait arr\u00eat\u00e9 pour l&#8217;assouvir. Nous lui faisions des d\u00e9monstrations. D&#8217;abord, du petit plongeoir (qui faisait tremplin et se trouvait \u00e0 \u00e0 peu pr\u00e8s \u00e0 un m\u00e8tre au-dessus du niveau de l&#8217;eau)\u2026 Puis du second, deux ou trois m\u00e8tres\u2026 et enfin du plus haut qui culminait \u00e0 cinq m\u00e8tres. J&#8217;essayais de lui faire profiter de mon exp\u00e9rience par des explications et des d\u00e9monstrations. Je voyais bien \u00e0 son air que pour lui,\u00e7a n&#8217;\u00e9tait pas compliqu\u00e9 et qu&#8217;il allait nous faire voir qu&#8217;il avait tout compris. Inutile de bricoler, on passe d&#8217;embl\u00e9e aux choses s\u00e9rieuses\u2026 le plongeoir le plus haut : les cinq m\u00e8tres.<br \/>\nPierrot se pointe au bout du plongeoir, l\u00e8ve ses grands bras et part la t\u00eate en avant, fait un superbe demi-tour et s&#8217;\u00e9tale de tout son long dans l&#8217;eau, sur le dos et bien \u00e0 plat\u2026 et forc\u00e9ment dans un grand bruit.; la piscine r\u00e9sonne comme un tambour. Il regagne le bord, sort de la flotte, hilare\u2026 Comme il se baigne avec les culottes de sa m\u00e8re et que le tissu ne doit pas \u00eatre adapt\u00e9 \u00e0 cet usage, le maillot s&#8217;\u00e9tire vers le bas \u2026 il le remonte jusqu&#8217;au nombril et, invariablement, il a une balloche,soit la droite, soit la gauche qui en sort\u2026 tout le monde se marre alentour mais \u00e7a ne le trouble pas et, pers\u00e9v\u00e9rant, il remonte sur le plongeoir. Nous aurons beau faire et le conseiller, rien \u00e0 faire. Soit il tombe dans la flotte sur le ventre, sur le dos\u2026 bras et jambes \u00e9cart\u00e9s\u2026 Quand on quitte la piscine, il est rouge comme une \u00e9crevisse mais heureux\u2026 !<br \/>\nIl faut ajouter \u00e0 ce genre de performance sa vraie sp\u00e9cialit\u00e9 son num\u00e9ro favori et qu&#8217; ex\u00e9cutait volontiers, c&#8217;\u00e9tait le \u00ab rod\u00e9o \u00bb. Faut croire qu&#8217;il l&#8217;avait imagin\u00e9 dans sa t\u00eate, qu&#8217;il s&#8217;y \u00e9tait entra\u00een\u00e9 dans son coin pour parvenir \u00e0 rendre son num\u00e9ro \u00e9tonnant, spectaculaire\u2026 ! \u00ab Allez, Pierrot, fais-nous le rod\u00e9o \u00bb\u2026 ! Il se lan\u00e7ait alors dans une course folle et fr\u00e9n\u00e9tique o\u00f9 il galopait, se cambrait, hennissait, pi\u00e9tinait, grima\u00e7ait, agitait bras et jambes, faisait tourner au-dessus de sa t\u00eate un lasso imaginaire, roulait par terre, d\u00e9sar\u00e7onn\u00e9, enfourchait \u00e0 nouveau son cheval qui ruait et bavait\u2026 et c&#8217;\u00e9tait reparti\u2026 Il faut imaginer la sc\u00e8ne \u2026 il \u00e9tait \u00e0 lui tout seul le cow-boy, le cheval, le lasso\u2026 en pleine action : en un mot\u2026 le rod\u00e9o, l&#8217;attraction de Pierrot.<br \/>\nNous allions au patronage, au cat\u00e9chisme aussi. C&#8217;\u00e9tait la guerre, le rationnement, les privations. La s\u0153ur sup\u00e9rieure nous parlait de Dieu, forc\u00e9ment, mais souvent aussi du diable et de l&#8217;\u00e9ternit\u00e9 des flammes de l&#8217;enfer o\u00f9 nous serions jet\u00e9s si nous n&#8217;\u00e9tions pas de bons chr\u00e9tiens\u2026 Pierrot lui avait demand\u00e9 faussement ing\u00e9nument si, en enfer, comme actuellement chez nous, il y avait la carte de charbons ?? Pour cette question d\u00e9plac\u00e9e qui avait fait rire l&#8217;assembl\u00e9e, le restant de la s\u00e9ance de cat\u00e9chisme, il la passa \u00e0 genoux, les bras en l&#8217;air\u2026 punition tr\u00e8s \u00e0 la mode \u00e0 cette \u00e9poque. L&#8217;humour, chez les s\u0153urs, n&#8217;\u00e9tait pas leur qualit\u00e9 premi\u00e8re.<br \/>\nLa s\u0153ur sup\u00e9rieure ne sut probablement pas ce qui va suivre\u2026 A c\u00f4t\u00e9 de la plaisanterie sur le charbon en enfer, quelle punition lui aurait-elle inflig\u00e9e ?<br \/>\nPierrot, sur le plan sexuel avait s\u00fbrement une bonne avance sur nous. Et ses obsessions sur ce plan l\u00e0 devaient le travailler fortement\u2026 il avait souvent la main dans la poche de son pantalon\u2026 disons son short ou sa culotte courte et se la patrouillait pas assez discr\u00e8tement pour que \u00e7a passe inaper\u00e7u. Parfois, m\u00eame en classe, il se la tripotait sous son pupitre. Ses plus proches voisins en classe ne pouvaient pas ne pas voir son man\u00e8ge\u2026 et j&#8217;\u00e9tais de ceux-l\u00e0. Et, bien \u00e9videmment, personne ne mouftait. Quand \u00e7a lui prenait, il devenait tout rouge, les yeux lui sortaient de la t\u00eate\u2026 mais jusqu&#8217;\u00e0 ce jour, l&#8217;instituteur ne s&#8217;\u00e9tait jamais rendu compte de rien.<br \/>\nCette fois, il avait bien pr\u00e9par\u00e9 son affaire et profit\u00e9 d&#8217;un devoir qui nous absorbait tous et lui assurait la tranquillit\u00e9. Il avait relev\u00e9 son pupitre et, bien \u00e0 l&#8217;abri derri\u00e8re, il se la secouait avec entrain et vigueur\u2026 mais dans le silence. C&#8217;est peut-\u00eatre \u00e0 cause de ce pupitre relev\u00e9 que le ma\u00eetre, intrigu\u00e9, s&#8217;est approch\u00e9 doucement et sans bruit\u2026 Et voil\u00e0 Pierrot pris en flagrant d\u00e9lit de branlette, s&#8217;astiquant la biroute sous l\u2019\u0153il quand m\u00eame surpris, \u00e9bahi, n&#8217;en revenant pas du spectacle du p\u00e8re Boulard, \u2026 nom de l&#8217;instit. Le regard \u00e9perdu de Pierrot trop concentr\u00e9 s\u00fbrement sur ce qui l&#8217;occupait pour en avoir oubli\u00e9 et le lieu et le risque\u2026 D\u00e9bandade&#8230;a peine le temps de ranger son outil dans son froc que le p\u00e8re Boulard l&#8217;obligeait \u00e0 se lever en le tirant par une oreille qu&#8217;il avait d&#8217;ailleurs large et d\u00e9coll\u00e9e. L&#8217;air penaud de mon copain me peinait et m&#8217;emp\u00eachait de rire\u2026 mais le comique de la situation l&#8217;emport\u00e2t et dans les secondes qui suivirent, je me tordais de rire et l&#8217;ensemble de la classe \u00e9galement qui r\u00e9alisait ce qui venait de se passer\u2026 Il fallut toute l&#8217;autorit\u00e9 du ma\u00eetre pour ramener le calme.<br \/>\nPuis il dit \u00e0 Pierrot de r\u00e9unir ses affaires et il partit imm\u00e9diatement le reconduire chez ses parents probablement dans le but de les informer du comportement de leur garnement de fils\u2026!L&#8217;instituteur revint seul. Il ne commenta pas l&#8217;incident. Tout ce qui se rapportait au sexe \u00e0 l&#8217;\u00e9poque \u00e9tait tabou\u2026Je n&#8217;ai pas la moindre id\u00e9e de ce qui f\u00fbt dit en famille\u2026 mais Pierrot revint le lendemain, pas g\u00ean\u00e9 du tout\u2026 et c&#8217;est tr\u00e8s bien ainsi\u2026 \u00e7a ne devait pas s&#8217;\u00eatre mal pass\u00e9 .<br \/>\nIl n&#8217;en f\u00fbt plus jamais question\u2026 et on garda surtout en m\u00e9moire le comique de l&#8217;\u00e9v\u00e9nement. Dans les ann\u00e9es qui suivirent, nous nous sommes perdus de vue, ses parents ayant vendu leur boulangerie pour s&#8217;installer bien loin de Couronne. Je l&#8217;ai rencontr\u00e9 encore une fois, \u00e0 mon retour de l&#8217;arm\u00e9e. J&#8217;\u00e9tais avec ma s\u0153ur a\u00een\u00e9e. On a d\u00fb boire un pot ensemble dans un bar, rue Jeanne d&#8217;Arc \u00e0 Rouen. Puis, nous nous sommes s\u00e9par\u00e9s sur le trottoir, lui, remontant vers la gare, nous dans l&#8217;autre sens\u2026 Nous avons fait une vingtaine de m\u00e8tres\u2026 nous nous sommes retourn\u00e9s. Il \u00e9tait la, \u00e0 nous regarder partir, un bras lev\u00e9, agitant son mouchoir. On a trouv\u00e9 \u00e7a cocasse\u2026 et on a ri\u2026<br \/>\nJe n&#8217;ai plus jamais revu Pierrot, mon copain, mon poto\u2026 !<br \/>\nMaurice.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Quelques ann\u00e9es avant mon voyage vers Terre-Neuve\u2026 qui s&#8217;\u00e9tait achev\u00e9 \u00e0 F\u00e9camp\u2026 ! Les parents de mon copain Andr\u00e9, quand je fis sa connaissance, \u00e9taient propri\u00e9taires d&#8217;un bar-restaurant entre Petit et Grand-Couronne. Ils vinrent par la suite s&#8217;installer dans le centre de Petit-Couronne, ayant fait l&#8217;acquisition du \u00ab Bar Normand \u00bb, celui dont je parle &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/2016\/02\/19\/pierrot\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;Pierrot&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-299","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-souvenirs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/299","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=299"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/299\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=299"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=299"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=299"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}