{"id":305,"date":"2016-06-22T13:31:21","date_gmt":"2016-06-22T12:31:21","guid":{"rendered":"http:\/\/charles.dehays.free.fr\/wordpress\/?p=305"},"modified":"2016-06-22T13:31:21","modified_gmt":"2016-06-22T12:31:21","slug":"lexode","status":"publish","type":"post","link":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/2016\/06\/22\/lexode\/","title":{"rendered":"L&#8217;EXODE"},"content":{"rendered":"<p>Avant que \u00e7a s&#8217;efface d\u00e9finitivement de ma m\u00e9moire, en m&#8217;effor\u00e7ant de le conter comme je l&#8217;ai v\u00e9cu, mais aussi parfois avec ma r\u00e9flexion d&#8217;adulte, en utilisant aussi les \u00e9l\u00e9ments rassembl\u00e9s par\u00a0\u00a0 des conversations que nous avons eu dans les ann\u00e9es suivantes, je vais essayer de r\u00e9unir les souvenirs concernant cette \u00e9preuve que ma m\u00e8re, mes s\u0153urs,\u00a0 mes deux fr\u00e8res et moi-m\u00eame ont v\u00e9cu juste avant l&#8217;invasion et l&#8217;occupation des Allemands, en d\u00e9but Juin\u00a0 1940. Je parle de l&#8217;exode\u2026<!--more-->Qu&#8217;Albert a si bien mis en sc\u00e8ne par une superbe toile tr\u00e8s \u00e9vocatrice de cette p\u00e9riode particuli\u00e8rement douloureuse. Mon p\u00e8re, lui, \u00e9tait r\u00e9quisitionn\u00e9 et oblig\u00e9 de rester \u00e0 son travail. Les autorit\u00e9s d\u00e9cid\u00e8rent donc de pr\u00e9voir un train pour, en priorit\u00e9, les familles des employ\u00e9s de la S.N.C.F. Avec le recul, on peut consid\u00e9rer que nous \u00e9tions mieux que celles et ceux qui se retrouvaient sur les routes, \u00e0 pied, tirant des carrioles, pleines d&#8217;un bric-\u00e0-brac qui ne repr\u00e9sentait plus que le peu de bien qu&#8217;ils poss\u00e9daient&#8230; D&#8217;autres \u00e0 bicyclette, en p\u00e9trolette&#8230; les plus veinards avec des chevaux\u2026 mais \u00e7a ne nous concernait pas encore et nous n&#8217;avons su tout cela que beaucoup plus tard.<\/p>\n<p>Avant le jour de cet \u00e9v\u00e9nement qui ne fut pas des moindres, je cherche \u00e0 retrouver comment je percevais, enfant, les mois et m\u00eame les ann\u00e9es qui le pr\u00e9c\u00e9d\u00e8rent\u2026.C&#8217;est-\u00e0-dire \u00e0 compter de mes trois ans et jusqu&#8217;\u00e0 mes six ans&#8230;je n&#8217;avais pas sept ans au moment de l&#8217;exode.<\/p>\n<p>En 1936, nous \u00e9tions venus habiter Petit-Couronne. Une maison qui existe toujours&#8230;je parlerai une autre fois de notre arriv\u00e9e en ces lieux. Pour cette fois, seulement le ressenti de ce qu&#8217;il se passait. D&#8217;abord, cette fameuse ann\u00e9e 1936, particuli\u00e8rement agit\u00e9e&#8230;et \u00e7a peut sembler \u00e9trange qu&#8217;un si petit enfant s&#8217;en souvienne&#8230; et pourtant. Ma m\u00e8re devait \u00eatre particuli\u00e8rement tourment\u00e9e par tout ce qui se passait, les gr\u00e8ves successives, le climat politique incertain\u2026 et son angoisse, je la ressentais indirectement.<\/p>\n<p>Dans les deux ann\u00e9es qui ont suivies, \u00e7a ne s&#8217;est pas am\u00e9lior\u00e9&#8230;il est venu s&#8217;y ajouter des bruits de bottes. On parlait beaucoup d&#8217;un certain Hitler&#8230; \u00e7a sentait pas tr\u00e8s bon et m\u00eame les petites gens devaient \u00eatre conscients que tout cela finirait mal. Les conversations roulaient sur tout cela&#8230; gr\u00e8ves, ch\u00f4mage&#8230; guerre\u2026 Il y avait de l&#8217;inqui\u00e9tude dans l&#8217;air.<\/p>\n<p>Bien avant la mobilisation, il y avait des militaires pr\u00e8s de chez nous. Un camp d&#8217;Anglais&#8230; dans la for\u00eat du Rouvray. Ils passaient parfois devant notre cit\u00e9&#8230; c&#8217;\u00e9tait un peu l&#8217;attraction pour nous. Moi, ce qui m&#8217;amusait, c&#8217;\u00e9tait leurs casques&#8230; on aurait dit un plat \u00e0 barbe&#8230; tout plat. Enfant, on a d\u00e9j\u00e0 des pr\u00e9f\u00e9rences&#8230; je trouvais celui des Fran\u00e7ais plus esth\u00e9tique&#8230; va savoir pourquoi&#8230; Par contre, je n\u2019aimais pas leur calot kaki avec deux esp\u00e8ces de pointes&#8230; mais le pire, c\u2019\u00e9tait les bandes molleti\u00e8res&#8230; heureusement, quand je fus en \u00e2ge de porter l&#8217;uniforme, il y avait belle lurette que cet accessoire ridicule avait disparu\u2026<\/p>\n<p>Je ne vais pas faire l&#8217;historique de la guerre, de sa d\u00e9claration et de l&#8217;ambiance que cela provoquait\u2026 essayer seulement d&#8217;\u00e9voquer ce que j&#8217;en ressentais, enfant.<\/p>\n<p>Probablement pour anticiper ce qui s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 lors du pr\u00e9c\u00e9dent conflit&#8230; pourtant consid\u00e9r\u00e9 et revendiqu\u00e9 comme \u00e9tant \u00ab\u00a0la der des der\u00a0\u00bb, il y avait eu distribution de masques \u00e0 gaz. Ce devait \u00eatre terriblement \u00e9prouvant et effrayant pour les adultes dont beaucoup avaient connus 14\/18\u2026 Pour nous, bien que l&#8217;essayage, la mise en place de ce masque pas tr\u00e8s facile \u00e0 adapter \u00e9tait plut\u00f4t p\u00e9nible, on s&#8217;est quand m\u00eame bien marr\u00e9 \u00e0 voir la bobine que \u00e7a nous faisait&#8230; certains avaient juste\u00a0 un filtre sous le masque, d&#8217;autres poss\u00e9daient un tuyau flexible et le filtre \u00e0 l&#8217;extr\u00e9mit\u00e9\u2026 Il semble me souvenir que j&#8217;aurai pr\u00e9f\u00e9r\u00e9 celui avec un tuyau&#8230;plus fantasmagorique\u2026.enfant, on a de dr\u00f4les d&#8217;id\u00e9es qui vous passent par la t\u00eate\u2026! Fallait ranger cet appareil dans une boite m\u00e9tallique cylindrique&#8230; et, pendant quelques temps, il fallut aller avec \u00e0 l&#8217;\u00e9cole.<\/p>\n<p>Les Allemands, pendant ce temps avaient envahi la Belgique et la Hollande. La menace se pr\u00e9cisait&#8230; Un jour, les soldats anglais d\u00e9camp\u00e8rent&#8230; nous les v\u00eemes passer une derni\u00e8re fois devant notre maison. Il faisait beau&#8230; la route n&#8217;\u00e9tant pas goudronn\u00e9e, leur passage soulevait un nuage de poussi\u00e8re&#8230; j&#8217;\u00e9tais assis dans l&#8217;herbe, pas loin de chez moi\u2026 je crois qu&#8217;ils chantaient\u2026 en fait, \u00e7a se comprend, ils devaient \u00eatre contents de quitter les lieux&#8230; et probablement, rejoindre Dunkerque&#8230; ou plut\u00f4t le Havre&#8230; sans avoir \u00e0 combattre&#8230; ils nous ont balanc\u00e9 des pennys, \u00e0 nous les enfants&#8230; j&#8217;en ai r\u00e9cup\u00e9r\u00e9 un &#8230; us\u00e9, tout raplapla. Je l&#8217;ai gard\u00e9 longtemps, c&#8217;\u00e9tait un chouette souvenir&#8230; et puis je l&#8217;ai perdu. Voil\u00e0 pour les Anglais\u2026<\/p>\n<p>Les nouvelles, de plus en plus alarmantes et pessimistes sur les combats et l&#8217;avanc\u00e9e des Allemands entretenaient les conversations des adultes et cr\u00e9aient un malaise que m\u00eame nous, les enfants ressentions. Comme pour confirmer que les choses ne s&#8217;arrangeaient pas, un premier r\u00e9fugi\u00e9 belge fit son apparition un soir. Il devait y en avoir d&#8217;autres&#8230; qui furent h\u00e9berg\u00e9s un peu partout dans la commune. Celui-ci\u00a0 chevauchait une moto qui me parut \u00e9norme et qui fit l&#8217;admiration de toute la cit\u00e9. Il me semble qu&#8217;il dormit \u00e0 la maison&#8230;et, dans les jours qui suivirent, il en vint d&#8217;autres, des Belges, avec leur accent marrant&#8230; savez-vous&#8230; une fois. Et puis plus rien\u2026 et plus personne. Les Allemands approchaient, \u00e7a, c&#8217;\u00e9tait l&#8217;\u00e9vidence.<\/p>\n<p>J&#8217;entendais les adultes parler d&#8217;\u00e9vacuation&#8230;et finalement, \u00e7a se concr\u00e9tisa&#8230; et il fallut se pr\u00e9parer pour rejoindre ce fameux train sp\u00e9cialement pr\u00e9vu pour nous emmener&#8230; on ne savait pas trop bien o\u00f9\u2026? Finalement, ma m\u00e8re apprit qu&#8217;il devait desservir les gares successives de Grand-Couronne, Moulineaux, Thuit-H\u00e9bert, et Saint-L\u00e9ger-Boissey\u2026 avant de continuer dans je ne sais quelle direction\u2026 ce qui n&#8217;avait pas d&#8217;importance pour nous puisque \u00e7a nous donnait la possibilit\u00e9, en nous arr\u00eatant \u00e0 la gare de St-L\u00e9ger-Boissey, de nous r\u00e9fugier chez notre grand-m\u00e8re&#8230; qui habitait Bonneville-Aptot, un village tout ce qu&#8217;il y a de tranquille et qui risquait peu de subir les hostilit\u00e9s des envahisseurs. Pour ma m\u00e8re, \u00e7a devait \u00eatre rassurant de pouvoir, dans de semblables circonstances, avoir un toit et se retrouver o\u00f9 elle avait v\u00e9cu son enfance et sa jeunesse&#8230; m\u00eame si elles furent rudes et pas de tout repos.<\/p>\n<p>Ce matin-l\u00e0, notre r\u00e9veil f\u00fbt beaucoup plus matinal&#8230; je ressentais bien le malaise que cr\u00e9ait cette situation hors du commun. La s\u00e9paration d&#8217;avec mon p\u00e8re, obligatoire, in\u00e9vitable. La responsabilit\u00e9 pour ma m\u00e8re de s&#8217;occuper seule de nous, dans ces conditions de danger, d&#8217;incertitude, de d\u00e9sarroi. Elle pouvait, bien s\u00fbr, compter sur mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 qui lui, avait seize ans&#8230; et ce fut le cas !<\/p>\n<p>Nos modestes paquets \u00e9tant pr\u00eats, l&#8217;heure du d\u00e9part du train approchant, il fallut se mettre en route, chacun avec son bagage. Nous n&#8217;\u00e9tions pas les seuls. La cit\u00e9 o\u00f9 nous habitions \u00e9tait occup\u00e9e en majorit\u00e9 par des familles d&#8217;employ\u00e9s du chemin de fer. Chacune de ces familles sortait de chez elles ans le m\u00eame \u00e9quipage que nous&#8230; et prenait la direction de la gare, heureusement proche. Tout cela \u00e9tait d&#8217;une tristesse comme je n&#8217;en avais jamais connue&#8230; \u00e0 pleurer. Pour compl\u00e9ter ce tableau presque tragique, et nous rappeler que ce que nous vivions \u00e9tait la cons\u00e9quence de la guerre, un \u00e9pais nuage de fum\u00e9e obscurcissait le ciel\u2026 Une partie de l&#8217;usine Jupiter br\u00fblait. Dans ma t\u00eate d&#8217;enfant, cela prenait une \u00e9trange dimension, proche pour moi de l&#8217;\u00e9pouvante&#8230; et que d\u00e9sormais, il pouvait se passer des choses terribles&#8230; inconnues et ind\u00e9finissables.<\/p>\n<p>Il semble que nous avons poireaut\u00e9 sur le quai&#8230; il fallait installer les familles dans les compartiments en fonction du nombre d&#8217;enfants. Peut-\u00eatre aussi en fonction de la hi\u00e9rarchie professionnelle. Ne pas oublier qu&#8217;en quarante, et m\u00eame quelques temps apr\u00e8s, il y avait premi\u00e8re, deuxi\u00e8me et troisi\u00e8me classe dans les wagons S.N.C.F&#8230; Nous, la question ne se posait pas. Troisi\u00e8me classe\u2026 c&#8217;\u00e9tait la seule \u00e0 laquelle nous avions droit&#8230; quand tout allait bien\u2026!<\/p>\n<p>Pour \u00eatre franc et forc\u00e9ment, \u00e0 l&#8217;\u00e2ge que j&#8217;avais, ce ne pouvait pas \u00eatre mon souci majeur, mais il est fort possible que certaines familles aient b\u00e9n\u00e9fici\u00e9, par leur statut\u00a0professionnel, de wagons plus confortables. Les n\u00f4tres, c&#8217;\u00e9tait rustique&#8230; et les si\u00e8ges en bois, pas des pullmans&#8230; mais nous \u00e9tions habitu\u00e9s \u00e0 la dure et ce n&#8217;est pas \u00e7a qui nous g\u00eanait particuli\u00e8rement. Par contre, toute cette agitation, tous ces gens un peu perdus comme nous l&#8217;\u00e9tions forc\u00e9ment, me troublait. Je me rendais compte confus\u00e9ment et sans pouvoir l&#8217;exprimer que je quittais un monde de bonheur tranquille pour en affronter un, totalement inconnu et que je pressentais hostile. Nous avions donc pris place dans notre compartiment avec les voisins de notre cit\u00e9 qui se trouvaient emport\u00e9s comme nous dans les d\u00e9buts de cette tourmente provoqu\u00e9e par la guerre. Bien conscient aujourd&#8217;hui de la banalit\u00e9 de cette aventure compar\u00e9e \u00e0 tous les drames qu&#8217;elle a provoqu\u00e9 par la suite en de multiples lieux et dans bien des foyers. Mais, en l&#8217;instant, ce qui importait pour nous, c&#8217;\u00e9tait ce qu&#8217;on vivait&#8230; Et sur que chacune des personnes s&#8217;\u00e9tant install\u00e9e dans ce train pour un voyage impr\u00e9vu, incertain, probl\u00e9matique et peut-\u00eatre dangereux, s&#8217;en serait volontiers pass\u00e9\u2026!<\/p>\n<p>Dans un grand tumulte et au milieu des cris, \u00e0 un moment donn\u00e9&#8230; peut-\u00eatre au coup de sifflet du chef de gare comme \u00e7a se fait habituellement, le train s&#8217;\u00e9branla. Je n\u2019avais pas eu le temps, \u00e0 cause de toute cette agitation, d&#8217;aller voir de pr\u00e8s la locomotive; J&#8217;en avais le regret. J&#8217;aimais les regarder passer au niveau du passage \u00e0 niveau, pas loin de chez nous\u2026 Pour l&#8217;instant, il fallait s&#8217;installer le plus commod\u00e9ment possible et sans trop se g\u00eaner les uns les autres. Pour nous, le voyage devait \u00eatre relativement court&#8230; quelques gares&#8230; trois ou quatre&#8230; et nous devions descendre du train pour, comme pr\u00e9vu, nous rendre chez ma grand&#8217;m\u00e8re.<\/p>\n<p>Peu de temps apr\u00e8s notre d\u00e9part, le train s&#8217;arr\u00eata une premi\u00e8re fois&#8230; interrogations et discussions sur les raisons de cet arr\u00eat\u2026 qui ne fut pas le seul&#8230; \u00e7a devint m\u00eame habituel. Et \u00e0 chaque fois, chacun y allait de son explication et des raisons possibles de ces arr\u00eats&#8230; Pas facile, pour les grands, d&#8217;aller se renseigner. Surtout que notre wagon se trouvait plut\u00f4t \u00e0 la queue du convoi. Tout ne peut pas \u00eatre pr\u00e9cis dans ma t\u00eate mais, \u00e0 un moment donn\u00e9, le train fit plusieurs man\u0153uvres&#8230; avant, arri\u00e8re&#8230; choc et bruit de tampons\u2026 et on repart&#8230; et on s&#8217;arr\u00eate \u00e0 nouveau. Inqui\u00e9tude&#8230; que se passe-t-il ? Encore une marche arri\u00e8re. Un temps d&#8217;arr\u00eat. Et on fait passer le message ; la voie a \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9e. Pas possible de continuer dans la direction pr\u00e9vue. Le train est d\u00e9tourn\u00e9 sur Serquigny&#8230; o\u00f9, para\u00eet-il, la voie est encore en bon \u00e9tat. Pas question de protester&#8230;m\u00eame si \u00e7a ne fait pas l&#8217;affaire de tout le monde&#8230;et plus particuli\u00e8rement de ma m\u00e8re qui se rend compte que le but pr\u00e9vu se trouve bien compromis. Je suppose qu&#8217;on la rassure, ainsi que d&#8217;autres passagers ; mais pour l&#8217;instant, l&#8217;imp\u00e9ratif, c&#8217;est de changer de cap\u2026\u00a0! On verra par la suite. Et oui, la voie a \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9e&#8230; faudrait pas oublier que ce n&#8217;est pas un voyage d&#8217;agr\u00e9ment&#8230; La guerre a \u00e9t\u00e9 d\u00e9clar\u00e9e et nous fuyons devant l&#8217;approche des Allemands. A partir de cet instant, je suis bien sur incapable de faire l&#8217;itin\u00e9raire que prit ce fameux train&#8230; mais il ne fut absolument pas celui pr\u00e9vu initialement&#8230; et il connut bien des p\u00e9rip\u00e9ties que mon trop jeune \u00e2ge \u00e0 cette \u00e9poque ne peut avoir m\u00e9moris\u00e9.<\/p>\n<p>Par contre, mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9, Charles, nous le commenta souvent, lui qui v\u00e9cut cet \u00e9v\u00e9nement comme une aventure exceptionnelle, d\u00e9rangeante et hors norme.<\/p>\n<p>Comment nous vivions dans cette promiscuit\u00e9 impos\u00e9e ; je ne m&#8217;en souviens pas tr\u00e8s bien. Nous \u00e9tions nombreux&#8230; il fallait s&#8217;installer tant bien que mal pour dormir. Les difficult\u00e9s pour aller aux toilettes&#8230; pour se laver. C&#8217;est assez confus dans ma t\u00eate mais j&#8217;entendais les conversations et ressentais l&#8217;inqui\u00e9tude des grands&#8230; D\u00e8s le deuxi\u00e8me jour, il fut question de ravitaillement\u2026 \u00e0 se procurer. Il devait y avoir quelques denr\u00e9es en r\u00e9serve dans ce fameux train&#8230; mais je n&#8217;ai pas le souvenir d&#8217;en avoir vu la distribution. Au d\u00e9part, ce train avait \u00e9t\u00e9 pr\u00e9vu pour un voyage de courte dur\u00e9e&#8230; une journ\u00e9e&#8230; deux au maximum, et maintenant, personne n&#8217;\u00e9tait en mesure de savoir exactement ce qu&#8217;il durerait, pas m\u00eame la direction qu&#8217;il prendrait. Pas vers le nord en tout cas. C&#8217;est de l\u00e0 que venait le danger que justement nous fuyions\u2026\u00a0! J&#8217;avais entendu parler d&#8217;Alen\u00e7on\u2026 J&#8217;entendais aussi que telle gare avait \u00e9t\u00e9 bombard\u00e9e&#8230; que nous allions \u00eatre \u00e0 nouveau d\u00e9tourn\u00e9s&#8230; D&#8217;un bout du train \u00e0 l&#8217;autre, les nouvelles s&#8217;\u00e9changeaient, \u00e9taient d\u00e9menties quelques heures apr\u00e8s. Bon, en gros, pour la plupart des gens emport\u00e9s dans cette aventure, la destination restait inconnue\u2026\u00a0; d&#8217;ailleurs, le responsable de ce convoi le savait-il lui-m\u00eame, oblig\u00e9 d&#8217;aller de l&#8217;avant en improvisant suivant les possibilit\u00e9s qu&#8217;offrait la situation pr\u00e9sente. Parfois le train s&#8217;arr\u00eatait. Les hommes partaient dans les alentours chercher \u00e0 boire et \u00e0 manger&#8230; mon fr\u00e8re \u00e9tait de ceux-l\u00e0. Les maisons, les fermes, les \u00e9piceries \u00e9taient d\u00e9sertes, les gens comme nous avaient fui\u2026 Chacun revenait avec des victuailles de toutes sortes, dans la plupart des cas, sans les avoir pay\u00e9es. Mon fr\u00e8re est revenu une fois avec une caisse pleine de demi-livre de beurre envelopp\u00e9 dans un joli papier&#8230;s\u00fbrement pas loin de dix kilos au total&#8230; qu&#8217;il s&#8217;est empress\u00e9 de distribuer dans notre compartiment\u00a0 et dans les plus proches wagons\u2026 seulement, il y avait probl\u00e8me&#8230; on n&#8217;avait pas de pain\u2026 et j&#8217;ai oubli\u00e9 de quelle fa\u00e7on le probl\u00e8me fut r\u00e9gl\u00e9.<\/p>\n<p>Certains revenaient un peu \u00e9m\u00e9ch\u00e9s&#8230; les caves, elles aussi \u00e9taient accessibles&#8230; il y avait alors distribution de pinard ou de cidre&#8230; \u00e7a, c&#8217;est mon fr\u00e8re qui me l&#8217;a racont\u00e9. Et puis, il y avait les arr\u00eats pour remplir d&#8217;eau la locomotive\u2026 A travers la vitre baiss\u00e9e du compartiment, et de loin, j&#8217;assistais parfois au transport des seaux d&#8217;eau, d&#8217;un homme \u00e0 l&#8217;autre, \u00e0 partir d&#8217;un point d&#8217;eau et jusqu&#8217;\u00e0 la locomotive. Ils faisaient la cha\u00eene dans une relative bonne humeur, oubliant peut-\u00eatre pour quelques instants les raisons de leur pr\u00e9sence en ces lieux et dans ces conditions.<\/p>\n<p>Dans notre compartiment, il y avait deux soldats, dont l&#8217;un avait \u00e0 son ceinturon un bel \u00e9tui en cuir avec dedans un pistolet dont je ne voyais qu&#8217;une partie de la crosse&#8230;\u00e7a m&#8217;int\u00e9ressait et j&#8217;ai su par la suite par mon fr\u00e8re qui l&#8217;avait accompagn\u00e9 au cours d&#8217;une recherche de ravitaillement qu&#8217;il en avait fait usage pour faire sauter une serrure et p\u00e9n\u00e9trer dans une maison ou une cave&#8230; Pas question de faire dans la dentelle&#8230;il fallait survivre et donner \u00e0 manger \u00e0 tous les r\u00e9fugi\u00e9s, hommes, femmes, enfants&#8230; vieillards .dont certains moururent&#8230;je le sus plus tard. Ces deux soldats avaient probablement profit\u00e9 de l&#8217;opportunit\u00e9 d&#8217;un arr\u00eat du train pour y grimper et faire le voyage vers le sud et s&#8217;\u00e9loigner des combats dans des conditions un peu plus confortables&#8230;quitte \u00e0 se replier, autant que ce soit dans de bonnes conditions&#8230;c&#8217;est s\u00fbrement ce qu&#8217;ils s&#8217;\u00e9taient dits. Dans la d\u00e9b\u00e2cle g\u00e9n\u00e9ralis\u00e9e, y avait-il quelque chose de critiquable\u00a0?<\/p>\n<p>Le train, vaille que vaille, poursuivait sa route et nous emmenait plus loin vers le sud. Itin\u00e9raire souvent modifi\u00e9\u2026 Il fut question me semble-t-il de la ville de Poitiers&#8230; ou plut\u00f4t de la gare qui la desservait. Devait-on y passer, s&#8217;y arr\u00eater, l&#8217;\u00e9viter&#8230; je ne sais plus. Les voies ferr\u00e9es et les gares \u00e9taient bombard\u00e9es ou mitraill\u00e9es\u2026<\/p>\n<p>A ce propos et c&#8217;est le souvenir le plus d\u00e9sagr\u00e9able, par deux fois, le train subit des attaques a\u00e9riennes. Celle dont j&#8217;ai un souvenir bien pr\u00e9cis s&#8217;est pass\u00e9e alors que le train \u00e9tait \u00e0 l&#8217;arr\u00eat. Il y avait des arbres de chaque c\u00f4t\u00e9 de la voie ferr\u00e9e. Le bruit terrifiant des avions (stukas) en piqu\u00e9e et mitraillant le convoi en enfilade. Tout le monde se r\u00e9fugiant sous le couvert des arbres dans le d\u00e9sordre et la panique. Je me souviens avoir d\u00e9val\u00e9 un talus, j&#8217;ai l&#8217;image de ma maman ayant mon fr\u00e8re Christian dans les bras et courant elle aussi vers l&#8217;abri des arbres. Quand \u00e0 ma s\u0153ur Christiane, c&#8217;est un des soldats qui l&#8217;emmenait se mettre \u00e0 couvert. Ces instants-l\u00e0 sont comme un instantan\u00e9 dans notre m\u00e9moire et je n&#8217;ai finalement que cette vision-l\u00e0. Je n&#8217;arrive plus \u00e0 me souvenir de ce qui se passa apr\u00e8s. Je ne sais m\u00eame pas s&#8217;il y eut des bless\u00e9s ou des morts. Je crois aussi qu&#8217;\u00e0 l\u2019\u00e2ge que j&#8217;avais, ce qui est effrayant, c&#8217;est le bruit\u2026 Il y eut un second \u00e9pisode semblable \u00e0 celui-l\u00e0\u2026 et je fais une confusion entre l&#8217;un et l&#8217;autre. Ce qu&#8217;il y a de certain, nous \u00e9tions cette fois confront\u00e9s vraiment aux r\u00e9els dangers de la guerre. Et \u00e7a ne devait pas \u00eatre rassurant pour les adultes. Nous, nous \u00e9tions dans l&#8217;inconscience des enfants\u2026<\/p>\n<p>Encore quelques interruptions pour nous ravitailler, pour remplir d&#8217;eau la loco&#8230;et le train finalement termina son voyage \u00e0 Jonzac, en Charente-Maritime\u2026 \u00e0 l&#8217;\u00e9poque Charente-Inf\u00e9rieure. Pour ma maman, le bout du monde&#8230;et un voyage qui avait dur\u00e9, avec les diff\u00e9rentes p\u00e9rip\u00e9ties, les arr\u00eats, les retours en arri\u00e8re, les continuels changements de direction, plus d&#8217;une semaine. Bien loin du village de Bonneville-Aptot initialement pr\u00e9vu.<\/p>\n<p>Heureusement pour nous, cela s&#8217;\u00e9tait pass\u00e9 \u00e0 la bonne saison. J&#8217;imagine l&#8217;invasion allemande au mois de Janvier&#8230; ce qu&#8217;on en aurait bav\u00e9&#8230; A notre descente du train, les autorit\u00e9s locales nous attendaient et j&#8217;ai le souvenir d&#8217;avoir eu droit en plus de deux tartines \u00e0 la confiture de fraise&#8230; d&#8217;une d\u00e9licieuse brioche.<\/p>\n<p>Toutes les familles furent dispatch\u00e9es dans les communes environnantes. Pour nous, ce fut Tug\u00e9ras. On nous installa dans des camions, \u00e0 l&#8217;arri\u00e8re, en plein air&#8230; Et en route pour notre destination d\u00e9finitive\u2026 La maison qui nous fut r\u00e9serv\u00e9e dans ce petit village rural se trouvait sur la place du village. C&#8217;est assez impr\u00e9cis comme configuration. Je me souviens d&#8217;un \u00e9vier creus\u00e9e dans une pierre. Ce dont je me rappelle avec pr\u00e9cision, c&#8217;est de l&#8217;inconfort de la premi\u00e8re nuit pass\u00e9e dans ce nouveau lieu. Le lit dans lequel je dormis cette premi\u00e8re nuit n&#8217;avait ni sommier ni matelas.\u00a0 J&#8217;ai dormi sur les lattes de bois qui en garnissaient le fond\u2026 et j&#8217;en \u00e9tais contrari\u00e9. Le lendemain, aid\u00e9e des voisines les plus proches, ma m\u00e8re nous a confectionn\u00e9 des matelas bourr\u00e9 de paille. Pour ceux qui ont eu la chance de ne conna\u00eetre que les matelas \u00ab\u00a0dunlopillo\u00a0\u00bb ou \u00ab\u00a0Ep\u00e9da\u00a0\u00bb, je peux leur assurer qu&#8217;une bonne paillasse est autrement plus confortable que des planches \u00e0 claires-voies\u2026!<\/p>\n<p>Notre s\u00e9jour \u00e0 Tug\u00e9ras dura approximativement deux mois&#8230; \u00e0 peu de choses pr\u00e8s, le temps des vacances scolaires. La vie s&#8217;organisa et je crois que l&#8217;accueil et les relations avec les gens du cru furent bons car longtemps apr\u00e8s, ma m\u00e8re correspondit avec des gens de ce village. Mon fr\u00e8re a\u00een\u00e9 travailla dans une ferme proche de chez nous&#8230; o\u00f9 les travaux agricoles se faisaient encore avec des b\u0153ufs&#8230; impressionnants. Le travail y \u00e9tait rude et les horaires sans doute contraignants, mais il y \u00e9tait bien nourri et le salaire qu&#8217;il touchait, bien que certainement tr\u00e8s modeste, devait nous aider consid\u00e9rablement dans les conditions pr\u00e9caires que nous vivions pendant cette p\u00e9riode. Pour moi, ce fut assez ressemblant \u00e0 des vacances que j&#8217;aurai pass\u00e9 dans notre campagne normande\u2026 Avions-nous des nouvelles de mon p\u00e8re\u00a0? Je ne m&#8217;en souviens pas, et je pense que non. Quelques jours avant que les Allemands parviennent jusqu&#8217;ici, un train de soldats fran\u00e7ais resta en gare quelques temps dans un village proche. Ma m\u00e8re, en faisant son march\u00e9 en rencontra un dont le num\u00e9ro de r\u00e9giment qu&#8217;il portait sur le calot correspondait \u00e0 celui de son beau-fr\u00e8re r\u00e9cemment mobilis\u00e9. Elle lui posa la question \u00e0 tout hasard s&#8217;il s&#8217;agissait bien de tel corps d&#8217;arm\u00e9e, de tel r\u00e9giment et s&#8217;il ne connaissait pas un certain Edouard Duboc, du m\u00eame r\u00e9giment. A peine croyable\u2026! Il \u00e9tait dans la m\u00eame section&#8230; et il voyageait dans le m\u00eame wagon que lui\u2026 Ce soir-l\u00e0, il fut des n\u00f4tres, apportant un peu de changement dans notre vie. Puis il repartit, et, dans mon souvenir, pas bileux. Il faisait partie de cette arm\u00e9e en pleine d\u00e9route&#8230; d\u00e9pass\u00e9 par les \u00e9v\u00e9nements et, avec le recul et le connaissant comme je l&#8217;ai connu beaucoup plus tard, cette situation ne devait pas le tourmenter outre mesure, pourvu que le pinard ne soit pas rationn\u00e9\u2026 Et, effectivement, il ne l&#8217;\u00e9tait pas.<\/p>\n<p>Un jour, et ce fut la seule fois, un side-car allemand passa dans le village. Pour la premi\u00e8re fois je vis des hommes en uniforme vert-de-gris, la t\u00eate recouverte d&#8217;un casque \u00e0 la forme bien particuli\u00e8re&#8230; et cet \u00e9quipage n&#8217;avait rien de sympathique. Ils ne s&#8217;arr\u00eat\u00e8rent pas.<\/p>\n<p>Nous quelques jours plus tard, f\u00eemes nos bagages. Les choses s&#8217;\u00e9tant stabilis\u00e9es, il \u00e9tait temps de rentrer. On fit nos adieux \u00e0 celles et \u00e0 ceux qui nous avaient si gentiment accueillis.<\/p>\n<p>La gare&#8230;le train\u2026 le voyage, cette fois sans incident mais s\u00fbrement \u00e9prouvant pour ma m\u00e8re. En ce qui me concerne, c&#8217;est presque l&#8217;amn\u00e9sie pour ce retour&#8230; je ne m&#8217;en souviens plus&#8230; tout au moins en ce qui concerne le parcours. Par contre, l&#8217;arriv\u00e9e \u00e0 Rouen, gare Rue Verte, m\u00e9morable&#8230; impressionnante et qui, malgr\u00e9 mon jeune \u00e2ge me mettait face \u00e0 une r\u00e9alit\u00e9 dont jusqu&#8217;\u00e0 pr\u00e9sent, je n&#8217;avais eu connaissance que par des conversations entre adultes.<\/p>\n<p>Il y avait ce matin-l\u00e0, sur la place face \u00e0 la gare, aujourd&#8217;hui si je ne me trompe, un parking, une prise d&#8217;armes&#8230; et ce n\u2019\u00e9tait pas en notre honneur et pour notre arriv\u00e9e&#8230; nous, les participants de cet exode qui avaient fui devant ces modernes conqu\u00e9rants. A peine sorti de la gare, j&#8217;eus cette vision impressionnante de ces hommes en arme, impeccablement align\u00e9s, sangl\u00e9s dans leurs uniformes, des oriflammes qui claquaient au vent&#8230; un particuli\u00e8rement terrifiant&#8230; croix gamm\u00e9e noire dans un rond blanc sur fond rouge\u2026 Un grad\u00e9 \u00e0 cheval avec une casquette sur la t\u00eate dont la visi\u00e8re n&#8217;en finissait pas&#8230; et qui braillait des ordres incompr\u00e9hensibles&#8230; ou faisait un discours. J&#8217;eus conscience devant ce spectacle de notre petitesse&#8230; du peu de choses que nous repr\u00e9sentions pour ces gens nous \u00e9crasant d\u00e9j\u00e0 de leur puissance et de leur arrogance.<\/p>\n<p>Mais il fallait bien avancer&#8230;la foule des voyageurs nous poussait. Alors, ma m\u00e8re prit le parti de nous faire le plus discrets possible et nous f\u00eemes le tour de la place en longeant les murs,\u00a0 \u00e0 la file indienne, n&#8217;osant \u00e0 peine dire un mot\u2026<\/p>\n<p>La travers\u00e9e de la ville fut sinistre. D&#8217;autres soldats allemands allaient et venaient dans les rues. Une page \u00e9tait tourn\u00e9e. Nous allions vivre \u00e0 partir de ce jour d&#8217;une autre fa\u00e7on, sous l&#8217;occupant. Nous ne pouvions savoir ce qui nous attendait&#8230; surtout mes jeunes fr\u00e8res et s\u0153urs et moi-m\u00eame&#8230; mais \u00e0 l&#8217;\u00e9vidence, \u00e7a risquait de ne pas \u00eatre dr\u00f4le.<\/p>\n<p>L&#8217;avenir nous le confirma.<\/p>\n<p>Fin de l&#8217;\u00a0\u00ab\u00a0exode\u00a0\u00bb.<\/p>\n<p>Maurice.<\/p>\n","protected":false},"excerpt":{"rendered":"<p>Avant que \u00e7a s&#8217;efface d\u00e9finitivement de ma m\u00e9moire, en m&#8217;effor\u00e7ant de le conter comme je l&#8217;ai v\u00e9cu, mais aussi parfois avec ma r\u00e9flexion d&#8217;adulte, en utilisant aussi les \u00e9l\u00e9ments rassembl\u00e9s par\u00a0\u00a0 des conversations que nous avons eu dans les ann\u00e9es suivantes, je vais essayer de r\u00e9unir les souvenirs concernant cette \u00e9preuve que ma m\u00e8re, mes &hellip; <\/p>\n<p class=\"link-more\"><a href=\"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/2016\/06\/22\/lexode\/\" class=\"more-link\">Continue reading<span class=\"screen-reader-text\"> &#8220;L&#8217;EXODE&#8221;<\/span><\/a><\/p>\n","protected":false},"author":1,"featured_media":0,"comment_status":"closed","ping_status":"open","sticky":false,"template":"","format":"standard","meta":{"footnotes":""},"categories":[6],"tags":[],"class_list":["post-305","post","type-post","status-publish","format-standard","hentry","category-souvenirs"],"_links":{"self":[{"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/305","targetHints":{"allow":["GET"]}}],"collection":[{"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts"}],"about":[{"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/types\/post"}],"author":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/users\/1"}],"replies":[{"embeddable":true,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/comments?post=305"}],"version-history":[{"count":0,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/posts\/305\/revisions"}],"wp:attachment":[{"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/media?parent=305"}],"wp:term":[{"taxonomy":"category","embeddable":true,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/categories?post=305"},{"taxonomy":"post_tag","embeddable":true,"href":"https:\/\/yaka.alwaysdata.net\/index.php\/wp-json\/wp\/v2\/tags?post=305"}],"curies":[{"name":"wp","href":"https:\/\/api.w.org\/{rel}","templated":true}]}}